La prière de l’orignal

Cher homme à qui je me livre pour nourrir ta famille,

je te suis immensément reconnaissant de traiter mon image avec douceur, sur tes photos de chasse.

Pour chaque partie de mon corps que tu utilises, j’apprécie ta reconnaissance. Ma chair, ma peau, ma fourrure…ma tête. Elles te reviennent puisque tu sais les utiliser dans le plus grand respect de qui je suis.

Me connais-tu?

Tu sais bien que c’est dans le but d’une vraie rencontre que je t’attire sur mes territoires.

Lorsque tu reviens de la chasse, je suis heureux de voir que tu savoures et apprécie chacune des bouchées d’un festin partagé avec ta communauté. Car pour chaque chose que tu honores, tu en diffuses les énergies avec respect.

Continue de partager et de célébrer en remerciant du fond du cœur; voilà l’une des choses les plus importantes à transmettre.

Que se dépose de plus en plus dans chacun de tes gestes préparatoires à la chasse, la conscience que nous sommes frères, toi et moi. J’aime voir que tu enseignes cet art millénaire à tes fils et filles avec intégrité. Que tu leur apprends l’égalité, et non la supériorité. Je salue ton courage.

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En te faisant enfiler ton costume de prédateur je t’incite à passer beaucoup de temps dans les bois. Beau temps mauvais temps. En t’immergeant dans mon environnement aux conditions pas toujours faciles tu peux être initié aux sagesses de la nature. Dans chaque observation, chaque ruse que tu mets en place pour me capturer, tu développes des sens que tes habitudes urbaines ne te permettent pas d’affiner…

La nature a tellement d’enseignements à livrer! Qu’il fait bon se retrouver dans ses bras, en octobre dans notre si beau pays. Ses odeurs, ses coloris, ses vents…les sons perchés à ses branches… éveillent tes sensations. Je sais que tu as besoin de cette connexion. Je sais à quel point elle te manque.

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En t’attirant loin de la ville, je te rappelle à l’enracinement et à la contemplation. J’aime voir que tu te glisses dans le paysage de l’automne et que tu en reviens ressourcé, même si tu n’as pas de panache à montrer.

Je voudrais te dire en terminant qu’avant d’appuyer sur la gâchette, j’aime que tu me regardes dans les yeux (cela se fait aussi avec le cœur, si ce n’est pas possible de ton champ de vision). Si en plongeant dans mon âme tu comprends que je me donne à toi, tu sauras alors qu’il est juste de m’abattre.

Je souhaite que nous nous rencontrions pour qui nous sommes tous les deux. 

Et que dans le silence profond de notre échange siège toute la beauté de la gratitude.

En ce jour de l’Action de Grâces, je te remercie pour ton ouverture.

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© Hélène Gagnon, tous droits réservés

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