L’appel de la chouette

13 juin 2016. Je discute avec une artiste aux doigts de fées et au coeur grand comme celui d’un enfant. Nos parcours parallèles, avec de multiples points de rencontre, ne cessent de nous étonner. C’est vrai pour notre cheminement d’artiste autant que pour notre chemin de vie.

Chemin de rêve. Chemin de croix. Chemin de libération. Chemin d’amour.

Il me semble que d’épreuves en accomplissements, nous avons vécu plusieurs morts et renaissances. Chacune d’entre-elle nous gratifiant de plusieurs outils uniques. Nous avons, par le biais de nos expériences et formations respectives, développé une capacité d’écoute de soi qui nous porte aujourd’hui à ouvrir les bras vers la communauté.

Mais cette fois j’ouvre mon coeur dans le plein respect de qui je suis, désencombrée du rôle autrefois inconscient de « sauveuse », qui épuisait mes réserves d’énergie. C’est un chemin que j’entretiens de mon mieux, qui se parsème de fleurs, mais qui n’est pas à l’abri des vents. Chaque jour je m’efforce de demeurer vigilante. Je continue à « travailler sur moi » en découvrant que la bienveillance a une bien meilleure saveur que la performance.

Ce matin, nous discutons de ce qui nous unit, cette amie et moi, aussi fortement que la création: l’accompagnement. Notre conversation me fait penser à un livre que je me suis procuré en février dernier, suite à une formation de base que j’ai suivie sur les soins palliatifs. Ce livre, je ne l’ai pas encore lu…

livreTanguyChatel

Mais pourquoi avoir suivi une telle formation? J’y songeais depuis longtemps, sans raison logique. Je crois que je me suis rendue dans cette maison qui accueille les personnes en fin de vie parce que je devais y être. Simplement. Ce constat était vrai pour la plupart des participants qui se joignaient au même groupe que moi (une merveilleuse équipe!). Il semble que ce qui les conduisait là n’était pas une idée précise, pas un but, ni tout à fait une curiosité. Pas nécessairement un besoin non plus. Mais il s’agissait d’un appel

Un appel de l’âme. Sans l’ombre d’un doute.

Chouette2 - copyrightJe pourrais parler longuement de mon rapport à la mort, ainsi que des moments magnifiques, magiques, que la vie m’a offerts pour exercer mes aptitudes d’accompagnement dans divers moments de passage. Cela sous des formes différentes, pas nécessairement par la présence physique, mais souvent par l’entremise de mes rêves ou par l’art. Les animaux m’ont beaucoup assistée là-dedans. Certains m’ont appris comment faire… Ces rencontres marquantes ainsi que toutes mes observations sur ce thème feront un jour l’objet d’un livre.

Mais pour l’instant, revenons à cet ouvrage acheté au printemps, que je n’ai pas lu. Il m’appelle, dans ma bibliothèque.

15 juin 2016. J’ai commencé à lire le bouquin hier et je ne me suis pas arrêtée avant la soixantième page… Je suis captivée par son contenu. Touchée aussi par la plume de l’auteur. J’ignore pourquoi, plutôt que de prendre un surligneur pour relever les phrases importantes, je me suis munie de quatre crayons à colorier de couleur rouge. Je marque plusieurs extraits. Les pages sont déjà joliment barbouillées…

Ce matin, c’était plus fort que moi, je me suis assise devant un lac pour poursuivre ma lecture. Crayons de bois fraîchement aiguisés à mes côtés, je poursuis mon voyage à travers les pages.

Accomplir sa vie

Je voudrais souligner tout le contenu du livre tellement il me parle. Nous vivons dans une société qui ne respecte plus les processus de transformation. Nous avons écourté ou carrément éliminé les rituels qui nous aidaient à mieux comprendre les cycles de la vie. Je trouve que la dimension sacrée manque cruellement à notre culture… Nous ne savons plus comment faire face aux émotions déclenchées par les départs subits, la maladie, les situations de crise… Alors nous avons tendance à nous couper d’elles. La mort qui pourtant fait partie de la vie, est devenue un sujet tabou…

Une note en bas de page attire mon attention et je décide de l’encadrer d’une ligne rouge:

« * Il ne faut pas confondre le travail de deuil qui sonne comme une injonction très actuelle à faire le deuil pour pouvoir tourner la page au plus vite (cette idée agit comme une contrainte et une violence) et le travail du deuil qui invite la personne à se laisser travailler à son rythme par le deuil. »

Ces mots font tant de sens… J’ai de la difficulté à en définir toute la portée, mais on dirait que la vie veut me signifier que je suis à la bonne place lorsque je me branche à tout cela… Et si je m’accompagne si fidèlement depuis les derniers mois, c’est qu’il y a une raison. Et que je ne dois pas en sous-estimer l’importance. « Keep going« ….

Et soudain, je ressens fortement la présence d’une chouette.

Elle arrive dans une vision percutante: je me vois littéralement lui donner vie en la dessinant! Je me vois esquisser la chouette directement dans le livre, d’un seul trait, là où je suis rendue: pages 72-73. L’image est si nette que je ne peux ignorer cette invitation de l’invisible. Alors, avec mon crayola rouge sang, je trace l’oiseau de proie, en plein centre des deux pages. Ma main est guidée. Je peux difficilement décrire l’énergie de soutient et d’amour qui m’envahit à ce moment-là. Instant de grâce!

Chouettelivre2pages1 - copyright

Je sais bien que cet oiseau nocturne est venu, en plein jour, m’éclairer. Plusieurs choses échappent à ma compréhension mais ce n’est pas important. Je traverse une étape. Sa présence est rassurante car il voit dans l’obscurité et il est venu me confirmer que je suis en formation pour ce qui vient. J’accepte qu’une partie du plan demeure dans le mystère et me sera dévoilé au moment opportun. Comme dans ce tableau, au milieu duquel il est apparu à la fin du printemps et que je n’ai pas encore terminé… Chaque chose en son temps!

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8 juillet 2016: La chouette ne s’est pas manifestée depuis… Mais aujourd’hui, alors que je m’apprête à débuter la rédaction d’un nouvel article, elle m’a fait signe. Elle remet de l’ordre dans mes priorités! Avant d’écrire un nouveau billet, je m’installe pour compléter celui-ci.

La chouette me rappelle d’être patiente et douce envers moi-même dans tout ce processus d’accompagnement. Ce n’est pas parce qu’on ne la voit pas qu’elle n’est pas présente… Je ne dois pas me fier aux apparences, mais à ce que je ressens au plus profond de mon être. J’ai cette capacité qui s’affine de plus en plus: une grande force à mettre de l’avant.

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Je ressors le livre de Tanguy Châtel car je l’avais mis de côté sans en avoir terminé la lecture… Interrompue à la page 194… Je taille la mine des crayons rouges. Je vais prendre la route et retourner là où les vagues me bercent.

Et je vais me rendre jusqu’à la dernière ligne.

Je ne sais pas où cette aventure me mènera, mais j’ai confiance.

…À la vie, à la mort, et à la renaissance!

© Hélène Gagnon, tous droits réservés.

2 thoughts on “L’appel de la chouette

  1. Très beau message de renaissance, Hélène! Et cette photo de chouette qui a passé trépas à tes pieds est bouleversante de paix. J’en suis toute retournée à la regarder. Ton texte nous rappelle les rituels importants de la mort, de l’accueillir sans crainte avec la confiance que la vie ne cesse pas dès l’instant où elle quitte notre corps. 😉

  2. Reconnaissance 💞🙏😍 beautés fluidifié guidance c’est toi moi eux nous c’est la Vie qui ! ☀️

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