Le rêve, un pas devant l’autre

18 mars 2017. Pendant que je déambulais sur le chemin qui traverse l’Isle-aux-Grues, je laissais le vide s’installer en moi. L’espace me faisait cadeau de sa présence. Je savourais chaque seconde qui me confronte à ma solitude. L’horizon à perte de vue m’inspire. J’avais besoin de ce dégagement. Et puis, dans le paysage immaculé, quelque chose de précieux est apparu… Le rêve, un pas devant l’autre, semblait vouloir me rejoindre. Sorti de l’ombre, il me suivait à distance. Comme un animal sauvage prêt à se faire apprivoiser. Derrière moi, il se hâtait.

Quand en marchant tu vois ton rêve qui te court après, tu t’aperçois que depuis longtemps, sans t’en rendre compte, tu accélérais la cadence pour ne pas qu’il te rattrape… La clarté de l’image te percute. Soudainement, tu vois le paradoxe.

Un rêve, c’est supposé être vivant. Lumineux. Grand. Ce n’est pas supposé faire peur, ni limiter personne. Ce n’est pas fait pour être ignoré. Ni caché. C’est fait pour être accueilli et partagé. C’est fait pour éclairer. Autant soi-même que les autres. Un rêve, c’est appelé à briller. Pourquoi tu gardes le tien dans la noirceur?

C’est en marchant toute seule sur ton île que tu as pu voir le portrait saisissant. Il t’a secouée. C’est fou comme les rêves sont plus animés qu’on le pense, même en plein jour. Tu réalises qu’il faudrait peut-être que tu t’arrêtes pour le regarder, ce rêve-là qui court derrière toi. Parce que depuis l’enfance qu’il te suit… Il a sûrement quelque chose d’important à te dire. Tu le vois à bout de souffle. Bien à la veille de laisser sa peau sur le terrain de course. Il t’a presque perdue de vue… Mais tu sais qu’il ne mourra pas sans toi. Tu ralentis tes pas…

C’est vrai que le temps n’est pas pareil sur une île.

On dirait qu’il ne fait pas de cachettes. Il t’oblige à être vraie. C’est la nature qui provoque ça. Elle est immense de chaque côté. Partout où tu te déplaces sur cette parcelle de terre entourée d’eau, tu arrives face à face avec elle. Elle veut que tu t’accordes à son rythme. Tu n’as pas vraiment le choix. Surtout l’hiver. Déjà que l’été, la traversée en bateau dépend des marées… En cette saison, les glaces rendent les déplacements encore plus limités… Tu as dû prendre l’avion pour rencontrer ta vérité.

Tout est figé. Mais le rêve, lui, il en a profité pour s’allier au temps. Il s’est agrippé à la crinière du vent et le voilà suspendu sur le dos de l’île, un peu plus loin en arrière. Tout de blanc vêtu. Comme un nuage.

Tu penses qu’il est temps de t’arrêter. Le rêve mérite bien ça. Pour être certaine de prendre le temps qu’il faut pour l’écouter, tu t’assieds. Sur un banc. Un banc de neige. Et tu l’attends.

Tu n’as plus envie de fuir. Comme s’il était à tes trousses et qu’il te pourchassait… Tu t’aperçois que ton rêve, c’est lui qui t’as poussé jusqu’ici. C’est de la reconnaissance que tu devrais éprouver envers lui. Tu ne devrais pas avoir honte de ton parcours, même si tu te sens mal de ne pas avoir écouté ton rêve… Aujourd’hui, tu n’as plus le goût de te sauver de lui. Mine de rien, ça coûte cher en énergie de ne pas aller dans son sens…

Faque.

Tu respires et tu laisses monter ton courage. Immobile, tu attends que le rêve arrive à ta hauteur. Tu te prépares. Il va sûrement te brasser la cage. Celle dans laquelle tu t’es enfermée… Tu penses qu’il sera furieux que tu ne te sois pas réveillée avant. En tout cas, il sera certainement déçu… Tu penses qu’il va t’engueuler. Tu l’as sûrement blessé… Il aurait bien raison de parler fort!

Bien non…

Sa voix est toute douce. Tu l’entends à peine. Mais tu comprends! À quarante-trois ans, tu n’as plus besoin qu’on te fasse un dessin.

« Il n’est jamais trop tard », qu’il te dit. Son unique phrase. Aucun reproche, dans son presque silence. Il y a même de l’amour dans son être. De la pure bienveillance. Le rêve au complet est joyeux. Tu ne t’attendais pas à ça! Une grosse dose d’empathie de sa part. Il s’installe à côté de toi, si près que tu pourrais le toucher. Et d’un coup tout s’embrouille. Tes yeux se mouillent. Tu es touchée. Émue qu’il t’aie attendue pendant toutes ces décennies.

C’est patient, un rêve.

Ça fait bizarre de l’avoir juste là tout d’un coup parce que dans ta tête d’enfant et d’ado il était très réel, mais dans tes peurs d’adulte il s’était éclipsé. Jusqu’à devenir inaccessible… Normal, à la vitesse que tu courais! Tu vois défiler ta vie. Tu te rends compte que pendant toutes ces années tu n’étais pas en train de l’oublier. Tu te préparais. Pendant tout ce temps-là il était présent. À ton insu, il t’accompagnait.

Ça y est. Maintenant tu pleures et c’est lui qui te console. Son regard est tellement profond! Alors tu te ressaisis. Tu essuie tes larmes et tu sens la chaleur de son feu qui se rallume dans ton ventre. Sans baisser la tête, tu lui démontres que tu es prête à t’engager. Tu acceptes de le suivre. Alors tu te lèves et tu le laisses passer devant.

Il sera dorénavant ton guide. Parce que ta foi en toi est revenue, tu sais qu’il va te prendre la main pour te relever chaque fois que tu vas trébucher. Tu le sens. C’est écrit dans toute la géographie de l’île.

Un rêve ne laisse jamais tomber le rêveur.

Tu ne sais pas exactement où il va te conduire, parce que ses ailes sont bien plus grandes que les tiennes. Mais aucun doute qu’il va t’éclairer. Il connaît mieux que toi les sentiers qui mènent au bonheur. Juste en l’écoutant, tu as déjà les pieds dedans. C’est beau parce que le rêve, il joue avec le mystère. Quand tu crois en lui, il t’offre des surprises. Plein de bonus. La magie avec lui, c’est que tu n’as pas besoin de tout contrôler. Il te demande seulement de le nourrir.

Le rêve, c’est celui qui te fait tenir bon dans les moments de découragement. Il parsème de la beauté partout où il passe. Et si tu lui permets de te prendre la main suffisamment longtemps, il devient un projet concret, puis il se réalise.

Si tu réussis à t’abandonner complètement dans ses bras, il te libère. C’est ainsi que tu peux voler!

© Hélène Gagnon, tous droits réservés

 

One thought on “Le rêve, un pas devant l’autre

  1. Très chère nièce, comme toujours, tes mots me touchent énormément. Ils m’apaisent dans un moment où j’en ai grandement besoin. Pourquoi je suis allée sur ton site, spécialement aujourd’hui? Je ne sais pas, une main m’a guidée tout simplement. Mais, peut- être, sans m’en rendre compte, je savais que je trouverais ce que j’avais de besoin. Encore merci! pour ta belle écriture qui fait beaucoup de bien. Je t’aime très fort et bises xxxxxxxxxx

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