Magie…blanche

Je déguste un café au lait dans une auberge tenue par des artistes, à Ste-Flavie, porte d’entrée de la Gaspésie. C’est un endroit où j’aime tellement m’arrêter! Pleine vitrine sur le fleuve.

006À travers la fenêtre, un soleil éclatant illumine les sculptures du « Grand rassemblement », cette oeuvre de Marcel Gagnon si bien harmonisée au paysage. Mer et rochers… J’écris mes réflexions dans mon carnet de route lorsqu’un fort désir s’incruste sur la page: « Je voudrais voir des oies blanches « .

Il serait bien, quand même, de vivre une authentique rencontre! Je ne me suis pas contentée de les côtoyer à distance, alors qu’elles apparaissaient périodiquement dans le haut du ciel, pendant que je conduisais.  J’aurais envie d’une expérience plus profonde, de même niveau que celle, mémorable, vécue dans un champ de l’Isle verte au printemps 2013…

Au fond, je voudrais être plus que spectatrice. Il me semble que j’aurais bien besoin de ressentir à nouveau cette belle complicité avec la vie sauvage.

Au bout d’un certain temps d’écriture, mon regard se perd dans le fleuve. J’ai envie de humer aussi ses parfums. Je me lève et sors marcher sur la grève.

Grand rassemblement - copyright

Remplie de paix et habitée par les secrets de l’eau, je décide de poursuivre mon chemin. Moins de 4 kilomètres plus loin sur la route 132, j’aperçois une volée d’oies qui virevolte au dessus du fleuve en effectuant des manoeuvres d’atterrissage. Comme la marée est basse ce matin, je me doute qu’un certain nombre d’oiseaux est déjà posé au sol. Aussitôt, je gare ma voiture dans le stationnement d’un restaurant désert. Fermé pour la basse saison. Merci, Capitaine Homard! J’attrape mon appareil photo et je me dirige dans la cour arrière de l’établissement pour aller saluer les oies.

Groupe Oies - copyrightElles sont nombreuses. Certaines placotent, les pattes dans l’eau, alors que d’autres arrivent et repartent dans un mouvement continuel. Je suis ravie. Je sais que je peux les approcher car je l’ai déjà fait… Habillée de toute ma patience, je descends sur la grève et m’avance doucement vers le groupe.

Et tout en marchant, l-e-n-t-e-m-e-n-t, je respire de joie. Je m’arrête souvent et m’accroupis pour ne pas effrayer ces grandes dames des neiges. Je profite de chaque seconde sous le grand vent du large. Le temps n’existe plus. Je suis tellement remplie de gratitude! On dirait que les oies le savent. Elles m’offrent une séance visuelle et sonore que j’inscris dans chaque cellule de mon corps. Bientôt, une vingtaine de pas seulement nous séparent.

OiesBlanches 1 - copyright

OiesBlanches3 - copyright

Elles arrivent de partout et je peux les observer sous différents angles. Devant, derrière, sur les côtés, au-dessus de ma tête… Si près! J’entends le mouvement de leurs ailes. Je m’imprègne de chaque son. De ce langage qui rappelle les aboiements des chiens. Les odeurs marines, amalgamées aux caresses du vent et du soleil, bonifient l’expérience sensorielle. C’est grâce à tout cela que je ressens la pulsion de créer.

Ciel 2 - copyright

FlightSingle - copyright

OiesVol - copyright

À chaque fois que je fais un pas, les oies me laissent venir… Je souris à la pensée qu’au lieu de reculer, elles m’ont contournées. Un petit groupe s’est déplacé vers ma gauche. Assise au centre de la mer, bientôt quasi-encerclée par un cortège blanc, je me sens reliée au peuple animal. Je ne suis pas du tout une spectatrice; je suis une invitée spéciale!

OIesBlanchesRoches - copyright

Au bout de deux heures d’émerveillement, la faim a raison de moi. Je songe à quitter la place. Mais, est-ce que j’ai bien mesuré jusqu’où je pouvais aller? Je me lève délicatement et fais un pas. Les cous des palmipèdes se redressent, les cris changent, se transforment en alerte… J’ai bien entendu l’avertissement. Si je ne respecte pas la frontière émise par les oies, elles s’envoleront et disparaîtront. Je ne veux pas les effrayer, ni trahir leur confiance. Avec tout mon respect, je recule et demeure dans ma position. Elles sont restées! Cela me permet encore une fois de leur exprimer une reconnaissance infinie. À leurs côtés, je me sens si vivante!

Dyptique HG Oies - copyright

Entre-temps, d’autres personnes sont arrivées. Elles sont descendues sur le rivage, armées de leurs appareils photos pour capter les sauvagines. Tous les pas que j’avais fait vers elles se sont effacés. Elles ont eu peur des étrangers qui ne se sont pas présentés avant de pénétrer dans le territoire… Tout est dans l’approche, et dans l’intention.

Un espace invisible, sacré, entoure toute espèce sauvage. Y entre bien non pas qui veut, mais qui est invité.

Les oies se sont alors envolées en offrant une prestation qui a impressionné les spectateurs. Leurs voix stridentes et cacophoniques se sont multipliées, et elles se sont éclipsées, leurs battements d’ailes dessinant des mouvements scintillants sur la toile bleue de l’infini.

Quand à moi, je suis partie de Ste-Flavie l’âme dansante. J’avais vécu quelque chose de plus intime. Je venais de vivre une magie…pure et blanche.

© Hélène Gagnon, tous droits réservés

3 thoughts on “Magie…blanche

  1. Bonjour Hélène! Quelle belle rencontre! La nature sauvage est si intense, ça nous remplie et nous donne des ailes. Tu as bien fait de suivre ton intuition et écouter ta voie intérieure. Tu as un sourire éblouissant sur la dernière image. Quelle capture! 😉

  2. Quelle belle façon de décrire cette jolie rencontre tu as…J’envie ta verbe. Bravo !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *