Majestueux vautours

© Pierre Bannon http://www.pbase.com/image/157334713 (image identique à celle que j’ai vue en songe!)

© Pierre Bannon http://www.pbase.com/image/157334713 (image identique à celle que j’ai vue en songe!)

21 février 2016. Ce matin dans mon lit, avant d’ouvrir les yeux, les filets du rêve m’offrent une image précise : gros plan sur un urubu juvénile, perché devant moi, qui me regarde. C’est tout. Brève et marquante apparition. J’ai l’impression que l’oiseau curieux et sympathique m’annonce sa venue prochaine. Je peux difficilement expliquer en mots ce que sa présence m’insuffle, mais me voilà joyeuse et impatiente de voir où il me conduira!

Urubu à tête rouge – Cathartes aura – Turkey Vulture…. Évoquer le vautour, famille à laquelle s’apparente mon oiseau-vedette, fait souvent naître une grimace de dégoût. On l’associe à sa nourriture: corps morts dans un état plus ou moins avancé de décomposition, nous répugnant tout autant que les odeurs qui l’accompagnent…

Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’urubu se nourrit de viande relativement fraîche. Son odorat extrêmement développé (très rare pour un oiseau) lui permet justement de repérer les carcasses avant qu’elles ne soient trop défraîchies. Cela fait de lui un excellent « nettoyeur » pour la planète. J’aime bien l’idée de remplacer le mot « charognard » par « nettoyeur »…

J’avoue que je n’étais pas particulièrement attirée par les vautours et autres espèces apparentées… Mais je me souviens avoir vu un urubu de très près quelques années plus tôt…

En juin 2013, mon intérêt pour les oiseaux de proie m’avait menée à une formation de bénévoles à l’UCROP (Union québécoise de réhabilitation des oiseaux de proie). J’étais enchantée de ma rencontre avec les nobles volatiles (chouettes, hiboux et aigles). Mais un ambassadeur particulier dont on avait fait la démonstration en vol m’avait séduite. Il s’agissait d’un urubu… Étonnamment, je l’avais adoré. Il était drôle et très intelligent. Il m’avait sans doute fascinée car à mon retour à la maison il est apparu dans mon univers pictural… J’avais complètement oublié ce moment. Oublié aussi à quel point les préjugés influencent nos perceptions…

En fouillant dans mes archives, j’ai également retrouvé ce dessin intuitif réalisé en mars 2014, par lequel un grand oiseau similaire, que je croyais être le grand Condor des Andes, s’était manifesté à moi…Dessin intuitif urubu 2014 - copyright

30 mars 2016. Je roule en voiture. Des travaux sur la rue Principale m’obligent à m’arrêter. Pendant que j’attends le signal de l’homme qui fait la circulation, de grandes ombres attirent mon attention vers le ciel. Les urubus sont arrivés! Je suis prise d’un agréable vertige, envahie d’une grande bouffée d’air, comme si c’était moi qui déployais mes grandes ailes. Je me rappelle la puissance de mon rêve. Je n’ai qu’une seule envie; suivre du regard ces habiles planeurs. Mais je dois me concentrer sur ma conduite. Je repars le coeur léger, en conservant la sensation de liberté ressentie.

urubu perché - copyrightL’intuition me conduit vers la campagne où je compte bien photographier des paysages dignes d’illustrer mes textes. Je poursuis ma virée sans attentes. Le prochain village m’accueille en me réservant un beau cadeau. D’autres urubus me surprennent, affairés à grignoter une carcasse sur le bord de la route. Je gare ma voiture à quelques mètres dans l’espoir de réussir à les capter en photo.

L’un deux se perche non loin de moi, comme dans mon rêve. Il me regarde et j’appuie sur le déclencheur. Même si mon image est hors focus… Je suis aux anges.

Et puis j’ai la chance de le voir voler de près avec ses congénères. En décrivant de grands cercles, ils glissent sur l’air si aisément! Je ne peux expliquer le sentiment de bien-être qui m’anime lorsque je les vois ainsi danser dans les courants du vent…  L’urubu: grand maître du deltaplane. C’est dans le ciel que ce cousin du Condor des Andes est le plus à l’aise, planant sans battre des ailes pendant plusieurs heures (ce qui explique pourquoi il est si fascinant à regarder).

2urubus - copyright

14 avril 2016. Je monte la montagne derrière chez moi et devinez qui m’attend au sommet? La présence de l’urubu m’incite à vouloir l’observer davantage. En apprenant un peu plus comment il vit, je pourrai m’inspirer de sa sagesse. Selon moi, tous les animaux ont une magie, une médecine. En les examinant de plus près, nous, les humains, pouvons tirer de grandes leçons de vie.

UrubuSommetcadre - copyright

29 juin 2016. Me voilà au chalet pour de petites vacances et pourtant mon esprit a de la difficulté à décrocher de certaines préoccupations… Bien installée dans le hamac, je me demande: « Quel animal pourrait bien m’aider à lâcher prise? » Instantanément, c’est l’image de l’urubu qui se présente à moi. C’est vrai, je n’avais pas terminé mon récit avec lui! Les yeux fermés, je me remémore notre rencontre. Je note ce qui monte:

Tout l’espace du ciel lui appartient car il ose l’occuper librement.

Pour moi, l’urubu est associé au vent.

Justement, j’ai besoin d’air. Je me lève et je pars en voiture dans le but de m’offrir une vue panoramique, en haute altitude. Alors que je vise l’ascension du mont Owl’s Head, j’ai toujours l’urubu en tête. En chemin, la météo incertaine me fait douter de mon élan… Des nuages plutôt menaçants s’amènent… Mais je suis confiante de prendre la route pour une bonne raison.

Et le voilà qui se présente au milieu de nulle part, m’obligeant à arrêter mon auto pour le contempler à nouveau. Comme s’il m’avait entendue… Je n’ai pas besoin de gravir la montagne puisqu’il est là, prêt à m’enseigner ce que je suis venue chercher auprès de lui! J’en profite pour le regarder. Longtemps….

Urubu Ciel - copyright

Urubu - copyright

Le vent me porte. Si j’ai l’impression de chuter dans le vide, il me rattrappe. Juste au bon moment. Je n’ai pas à craindre de me jeter dans l’inconnu. Je suis en sécurité dans ma confiance. L’urubu m’inspire à surfer avec la vie. Il ne résiste pas; il s’abandonne. Il s’aligne sur les courants thermiques, les utilisant pour se propulser. Ainsi, il équilibre intelligemment ses réserves d’énergie.

Je me vois dans une balançoire. Fillette qui se donne des élans, balançant sa tête par derrière, offrant son visage au soleil. À chaque poussée, un peu plus haut, ses pieds veulent toucher les nuages…

Nuages - copyright

Légèreté. Bonheur. C’est à cette sensation que je goûte lorsque je vois voler le grand rapace.

Lâche prise sur les détails. La vie s’en occupe.

Concentre-toi sur la vue d’ensemble et sur ta direction.

Focalise sur ta propre musique. Sur ce qui te fait chanter.

Ouvre-toi à toutes les possibilités.

Ah….. Quel beau moment! Je me rends tout de même au pied de la montagne mythique. Des gouttes de pluie et le tonnerre qui gronde me rappellent que ce n’est pas aujourd’hui que j’explorerai ce site. Mais je suis contente. Je peux cheminer en paix, les ailes dans le vent.

© Hélène Gagnon, tous droits réservés

2 thoughts on “Majestueux vautours

  1. J’aime comme d’habitude, grande liberté, se laisser aller, super j’achète. Merci Hélène

  2. Bonjour Hélène,
    C’est toujours avec délice qu’on s’imprègne de ton écriture et des découvertes que tu nous partage avec joie. Moi aussi j’aime l’urubu, pour l’ampleur de ses ailes et son aspect un peu terrifiant. J’ai pour mon dire que chaque animal a son utilité, et tu l’as bien précisé.

    Belle démonstration de ton intuition et de l’écoute de tes rêves, on sens toute la sagesse qui t’habite. Merci de nous partager ainsi tes expériences, et de permettre à notre tour d’être à l’écoute de la nature.
    Bisous
    Ta voisine qui t’admire! 😉 xx

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