Quand l’ours a parlé

Je n’ai pas vu l’été passer. J’ai essayé de mener plusieurs projets à la fois sans aller au bout d’aucun d’entre-eux… J’ai bien vu à la fin août que je n’y arriverais pas. Ce qu’il m’aurait fallut faire à ce moment-là, c’est de m’arrêter et de prendre le temps de choisir. De sélectionner le plus urgent. J’ai pensé bien naïvement que je pouvais tout prioriser! J’ai aussi oublié que l’intériorisation chez moi est une grande force. Ralentir et laisser le silence me dire quel pas je dois faire fonctionne à tout coup. Sauf que j’ai négligé cet aspect.

Un ours est apparu dans mes croquis sans que je sache trop pourquoi. Puis il est venu dans mes rêves. Et revenu dans mes dessins. Jusqu’au jour où j’ai trouvé sur le bord de la route un ours noir qui venait de se faire frapper… Il m’a tellement marquée que je pense à lui depuis ce temps! Voilà mon champion de l’introspection. C’est ce que cet animal fait tout l’hiver: laisser mûrir doucement ce qui doit naître au printemps, sans forcer. Sans précipiter quoi que ce soit.

C’est quand l’ours a parlé fort, que j’ai commencé à comprendre.

Avant que je le rencontre, j’avais annoncé une série d’ateliers de journal créatif® dans la nature, ainsi que des ateliers symboliques sur les animaux que je prévoyais offrir durant la saison estivale. J’ai rapidement vu que les choses que j’avais à gérer et à finaliser en parallèle ne me laissaient plus la disponibilité et la présence nécessaire pour donner ces ateliers selon mon standard de qualité.

Au lieu de les déplacer à une date indéterminée, ou de carrément les annuler (ce qui aurait été très sage), je les avais reportés à la saison suivante. Aucun d’entre eux n’a vu le jour à l’automne…

Je me suis fait happer par mon désir et mon vouloir, mais je n’ai pas été réaliste. Je n’ai pas pris action rapidement en faisant acte d’humilité et en renonçant à mon premier objectif. Je n’ai pas été capable de le faire car je suis impatiente, et j’ai hâte de voir le fruit de mon travail se concrétiser! Je « voulais » donner ces ateliers! Mais il y avait autre chose à préparer avant.

Je me sens comme si j’avais fait des promesses… que je n’ai pas tenues. J’ai mis des gens en attente. Des clients potentiels, mais aussi des collaboratrices qui m’ouvraient toute grande la porte afin que j’offre mes cours chez elles.

Pour reprendre une expression populaire, j’ai l’impression d’avoir vendu la peau de l’ours avant de l’avoir tué… Ce proverbe ancien popularisé dans une fable de Jean de Lafontaine (L’ours et les deux compagnons) signifie qu’il ne faut pas considérer comme acquis un avantage ou une chose avant d’être sûr de pouvoir en disposer… De façon plus large : il ne faut pas présager de l’avenir ; il ne faut pas sauter des étapes.

Je suis désolée. Sincèrement. L’ourse que je suis va écouter ses appels et ne se consacrer qu’à une seule oeuvre pendant la saison froide. Et à son rythme.

La vérité, c’est que la vie m’a tenue occupée dans un gros projet central. Celui dont tous les autres dépendent. La construction de mon studio d’artiste. Mon lieu de création. Cet espace vital dont je rêve et que je visualise depuis dix ans.

Je n’avais pas pris conscience de ce qu’implique ce nouveau rôle de coordonatrice de chantier. J’apprends et je me découvre. J’ai dû me rendre à l’évidence que pour les prochains mois, c’est ÇA, ma création. Ce studio EST ma priorité. Et lorsqu’il sera terminé, je pourrai enfin créer pleinement et vous recevoir les bras ouverts.

Celles et ceux qui me connaissent ou me suivent sur les réseaux sociaux savent que je cherchais un lieu de création détaché de la demeure familiale depuis longtemps. La vie a été généreuse avec moi. Grâce à vous, j’ai visité et occupé plusieurs lieux temporaires. Chaque endroit m’a permis de mieux comprendre mes besoins et de savoir encore plus exactement ce que je voulais. Merci de croire en moi!

J’ai la ferme conviction que lorsque l’on suit nos élans et que l’on s’aligne avec notre coeur, lorsque l’on fait ce que l’on aime, le chemin devient plus clair et plus léger, et les portes s’ouvrent tout naturellement. Ça ne veut pas dire que c’est toujours facile, et bien sûr ça comporte des défis, mais quand on est dans notre voie les gens nous appuient et la vie entière nous soutient. La lourdeur fait place à la joie. C’est ce que je ressens quand j’écris sans attentes, quand je partage sans réfléchir, quand je peins par instinct… Vos commentaires et vos partages me le confirment chaque fois. Merci!

Malgré ce côté de moi très sociable et chaleureux, je suis une hypersensible qui a besoin de silence et de solitude. J’aime et j’ai besoin de prendre du recul face à ce que je vis et ce que j’expérimente. C’est souvent en me retirant que naissent les réflexions que je couche sur papier. J’ai besoin de m’éloigner (pas trop loin!) pour créer. Ensuite, je reviens dans la civilisation pour « mettre au monde », partager.

Que ce soit pour écrire ou pour peindre, ou pour concevoir les ateliers que j’anime, j’ai besoin de me déposer dans un espace sacré en dehors du temps linéaire. Une caverne d’ours…

 

Ce refuge se dessine dans la réalité. J’ai la chance d’avoir une équipe merveilleuse autour de moi. Sans elle, rien de tout ne serait possible. Ce sont des gens de coeur qui oeuvrent sur ce chantier. Je suis remplie de gratitude!

Que la fin de l’automne vous aide à terminer ce qui doit être complété. Que la noirceur qui s’installe sur de plus grandes périodes vous incite vous réunir autour d’un feu et à apprécier également les moments de dépouiilement et de repos.

Je vous retrouve quelquepart au printemps 2018, ou dans l’été prochain….

Oups… pas de promesses! (clin d’oeil)

© Hélène Gagnon, tous droits réservés

3 thoughts on “Quand l’ours a parlé

  1. C’est magnifique ce future atelier. Tu y seras bien, tu y seras toi! Merci de partager si généreusement ta démarche. Et un gros bisou!

  2. Sage décision de faire comme l’ours…je devrais faire de même. Trop de projets, pas de temps pour simplement me déposer… je te souhaite un hiver doux, comme tu le dessineras. Ce lieu de création sera à ton image chère Hélène!

  3. Merci pour ce beau texte. C’est inspirant et ça m’a beaucoup aidé en cette belle journée de décembre.

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