Si belle

Voici un extrait de mon journal relatant l’une des mes expériences magiques avec les chevaux. J’y raconte un moment vécu lors de ma participation à un atelier intitulé « À la rencontre du cheval, miroir de soi » offert par mon amie Sandra Villeneuve ( Un cheval pour mieux vivre). Ce passage daté de l’été 2012 décrit ma rencontre avec Sybelle, une petite jument Haflinger qui fait partie du troupeau ESPOIR. Cette dernière m’a transmis une leçon importante que je désire vous partager.

J’avais besoin de me dépouiller. Surtout devant ces animaux si sensibles. Je ne voulais pas me couper de mes sensations… Nous, les participantes, étions au champ à la recherche de partenaires équins. Il fallait repérer trois chevaux, puis en sélectionner un avec qui nous allions expérimenter l’exercice suivant. Je n’avais pas envie de me précipiter. J’étais consciente de mon grand besoin de solitude. Simplement d’observer le troupeau, c’était suffisant pour moi! Je n’avais pas envie d’aller vers un cheval… Je me suis vue dans ma façon timide d’aborder les gens… Je sentais que tout ce que j’avais à faire était de me centrer… M’enraciner, afin que le bon cheval vienne à moi. Mais je n’en étais pas là encore. J’ai marché au travers des bêtes et des autres femmes sans être capable de respirer correctement, en profondeur. J’ai pris conscience que je bloque ma respiration souvent… Mon ventre était comprimé. Qu’est-ce qui me rendait si inconfortable? Mes pensées et le jugement que je portais sur elles? Sur moi?

J’ai remarqué Arabesque, une jument qui avait une bosse à la patte, dû à un accident survenu dans le passé. Elle m’a intriguée. Je cherchais Malcom, ce jeune cheval que j’avais rencontré précédemment lors d’une première visite avec Sandra. J’avais vécu un moment spécial avec lui. Il me faisait penser à mon fils. Un adolescent. Il était entré dans ma bulle, mais j’avais réussi à le faire reculer et il m’avait écouté gentiment. Cette fois Malcom n’est pas venu m’envahir. Je crois que je travaillais fort aussi pour faire respecter mes frontières! Arabesque est passée près de moi alors que je m’étais risquée à approcher Malcom qui broutait bien tranquillement. Je me suis rapidement retrouvée prise en sandwich entre les deux. Je n’étais pas très à l’aise! Mon réflexe a été de déposer ma main gauche sur le flanc d’Arabesque et ma main droite sur le dos de Malcom, puis de fermer les yeux pour tenter de me calmer. Après quelques respirations, j’ai senti ma main gauche glisser sur le corps d’Arabesque qui s’éloignait. Malcom lui n’a pas bronché.

Crédit photo: Anne-Marie Séguin

Crédit photo: Anne-Marie Séguin

J’ai repris ma marche en allant vers le haut du champ où j’avais une vue d’ensemble sur la harde. Je me suis tournée vers les chevaux et j’ai fermé les yeux pour respirer mieux. Je n’arrivais pas à détendre mon ventre…Puis je suis arrivée, un tout petit moment, à me sentir libre et complètement détachée. C’est à ce moment qu’est apparue la petite jument blonde. J’ai ouvert les yeux et elle était devant moi. Pas imposante. Ni intimidante. Très calme. Patiente. Je lui ai laissé sentir ma main et je l’ai caressée. La rencontre était amorcée.

J’ai donc choisi de travailler avec Sybelle dans le « round pen ». Nous, les participantes, allions tour à tour nous livrer à l’exercice du « body scan »*. Je suivais les directives de notre facilitatrice, mais j’avais de la difficulté à comprendre les messages que mon corps voulait me transmettre. J’avais le dos tourné au « round pen », alors que Sybelle et Sandra se trouvaient derrière moi, à l’intérieur de celui-ci. La clôture nous séparant, je me trouvais seule face au vent. Face à moi-même. Je me suis fermé les yeux à nouveau. J’essayais de me laisser réconforter par le soleil, qui plombait ce jour-là. J’entendais les chevaux au loin. Je sentais bien mon ventre inconfortable. Coincé. Une sensation dominante. J’aurais tant voulu retrouver cette sensation de liberté ressentie pendant un bref instant plus tôt dans le troupeau!

Sybelle hennissait dans mon dos. Plus tard, Sandra m’a dit, le regard touché : « On dirait qu’elle t’appelait »… Pendant que j’essayais de dénouer mon ventre, Sandra est venue m’aider. Elle m’a fait faire un balayage corporel plus détaillé, puis elle m’a dit de me retourner vers la jument. « Que dit la sensation dans ton ventre? » J’ai demandé à mon ventre quel message il avait pour moi. J’ai compris: « LIBÈRE ». D’accord, mais libère quoi??? Il m’a dit: « PASSÉ ». Libère le passé… J’ai partagé cela à voix haute avec Sandra. Au fur et à mesure que je nommais mes ressentis et que je laissais sortir l’émotion, Sybelle a commencé à s’intéresser à moi. Elle est revenue vers moi, les oreilles à l’écoute. Les larmes ont coulé sur mes joues alors que je prenais conscience de ce qui se passais en-dedans: « Je sais que je dois lâcher-prise de mes relations du passé, mais je résiste! » Pourquoi tant de retenue? Une partie de moi était si effrayée…

Crédit photo: Elisabeth Larouche

Crédit photo: Elisabeth Larouche

La jument allait m’aider. Je suis entrée dans le « round pen ». J’avais tellement besoin de marcher! J’ai exprimé cette nécessité et je me suis mise en mouvement. Je longeais la clôture. Tout en marchant, je me suis concentrée sur ma respiration. J’ai complètement oublié les spectatrices qui regardaient la scène en attendant leur tour. Sybelle est venue me rejoindre, ajustant ses pas aux miens, sans me dépasser. Elle m’accompagnait. Quelle présence! On pourrait presque dire, d’une façon imagée, que nous marchions main dans la main. J’ai senti qu’elle me supportait dans mon processus tout en respectant mon rythme. Nous avons fait un tour complet du « round pen ». Je marchais dans ce cercle sécurisant tout en prenant conscience de mon pouvoir personnel. Lorsque je me suis arrêtée, Sybelle s’est rapprochée de moi. Elle voulait me faire un câlin. J’étais prête à l’accueillir. Je l’ai remerciée. La sensation dans mon ventre était partie! J’ai été longtemps transportée par cette image de moi qui marche, accompagnée d’un cheval. Libre. Sans longe. C’est dans la vulnérabilité que j’ai pu réaliser cela…

Crédit photo: Elisabeth Larouche

Crédit photo: Elisabeth Larouche

Le soir, avant de m’endormir, j’ai fait défiler dans ma tête les détails de cette journée fascinante. Une autre prise de conscience m’avait renversée. J’ai appris plus tard que les chevaux vers lesquels je m’étais dirigée en premier avaient vécu d’importants traumatismes. J’étais entrée en résonance avec des animaux à l’âme blessée…comme moi. Je suis si reconnaissante que Sybelle m’ait choisie! Partenaire douce et équilibrée, elle est venue pointer mon ombre, sans me faire plonger dedans. Elle m’a fait reconnaître mes anciens mécanismes de protection. Elle m’a éclairée, éveillant en moi une nouvelle compréhension de moi-même. Je n’avais plus besoin de m’accrocher à vouloir sauver les autres… Je devais simplement… Laisser aller… Et prendre soin de moi.

Il m’aura fallu d’autres événements pour saisir la profondeur de ce message, mais c’est Sybelle qui avait semé l’étincelle. Elle m’a fait comprendre l’importance de « sortir de ma tête pour arriver dans mon corps ». Je devais le vivre pour l’intégrer. Il y avait là une magnifique clé de guérison.

Lorsque je suis arrivée chez moi, j’ai ouvert mon ordinateur pour visionner les photos prises pendant le week-end. Quelle ne fut pas ma surprise de voir, au centre de l’écran, la jolie blondinette apparaître au premier plan! Si belle lumière. Merci!

*« Body scan » ou balayage corporel : Exercice de méditation consistant à focaliser sur les sensations du corps. Il s’agit de se connecter à son corps dans le moment présent, de ressentir ses membres, leur poids, leurs positions, leur chaleur, les contacts…

Hélène Gagnon

© Tous droits réservés

 

 

4 thoughts on “Si belle

  1. Bonjour Hélène,
    Je viens de te lire.MERCI,de partager!
    Au quelque part,je réalise que nos vécus se ressemblent…..en 2014,je ne veux qu’une chose!
    Laisser aller les autres.rôle de sauveur,et me sauver moi-même! Oui,même si cela sonne bizarre,je désire du fond de mon cœur être en paix avec moi!
    Les décisions du passé,sont passées et j’avance consciente que ce que je décide maintenant c’est précieux car je le fais en pleine conscience!
    Et,les photos avec Sybelle sont tellement belles je peux sentir et goûter l’harmonie,le respect entre vous deux?
    Que j’aimerais d’être de votre région pour suivre ces ateliers!
    Je t’embrasse Hélène
    Murielle

  2. J’ai adoré lire ton récit et comment cela fera peut-être germer des réponses dans mon subconscient et conscient par la suite. Je me pose tellement de questions par rapport aux chevaux, j’aimerais tellement les côtoyer tous les jours, presque toutes les heures d’une journée. J’aime tellement les observer ce qui m’amène à m’observer moi-même. De plus, ils m’énergisent tellement, ils sont comme une Fontaine de Jouvence pour moi. Alors, toi récit me dit que je ne suis pas dans les patates car des fois je doute de ce que je ressens lorsque je suis près d’eux. J’aurais tellement à écrire mais je vous laisse là-dessus et vous remercie de votre partage!

  3. Merci Hélène de nous partager cette expérience et ce que tu y as vécu. Quelle générosité et quel cadeau….

    Migwetch ma Soeur!

  4. Merci Hélène du partage. Définitivement, je reconnais en moi la difficulté de fermer une porte sur le passé. J’ai l’impression que le deuil demeure longtemps en moi. Peut-être que la mémoire sera toujours présente sur les souvenirs qui sont, pour moi, des mentors, une boussole. Peut-être que le deuil s’atténuera à long terme sans toute fois se dissiper complètement dans le but ne de pas oublier mes foulée trébuchantes qui ont été des amorces à ma souffrance. Suite à mon histoire personnel douloureuse, il devient impératif de mettre en place des moyens de protection afin d’éviter systématiquement les même erreurs en pensant que cette fois-ci, les choses seront différentes!

    Selon Colette Portelance, les mécanismes de protection sont des moyens conscients choisis librement par l’individu dans le but de se protéger contre la souffrance psychique et pour assurer la satisfaction de ses besoins fondamentaux. Contrairement au mécanisme de défense, qui est un déclencheur automatique inconscient mis en place par le psychisme pour protéger l’individu contre la souffrance ou contre la peur, le mécanisme de protection est adopté à la suite d’un processus conscient d’acceptation responsable et d’observation du fonctionnement interne. Alors que le mécanisme de défense est mis en place par le psychisme pour fuir l’émotion, le mécanisme de protection l’affronte.

    Encore merci du partage.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *